L’impression 3D, est-ce une révolution ?

jan 07, 13 L’impression 3D, est-ce une révolution ?

Notre imprimante 3D au centre de l’attention

Il n’y a pas si longtemps de cela (début 2012?) notre imprimante 3D, lorsque nous l’amenions avec nous pour quelque démonstration, attirait souvent des sourires.

Il est vrai que les tubulures, les moteurs apparents, les câbles qui se promènent de-ci de-là, le Kepton jaune isolant, l’habillage en contre-plaqué, rien de tout cela ne faisait bien sérieux.
Bien sûr, en la faisant fonctionner, la magie opérait (et opère toujours). Oubliés les craquements et grincements, les zonzons et odeurs de plastique chaud : l’objet qui se construit couche après couche sur le plateau d’aluminium au gré du filament fondu déposé par la tête hypnotise. On « imprime » vraiment en 3D. Même s’il faudrait quelques heures de patience pour obtenir un cube de 10 cm d’arête.
 
Tout comme pour les premières images des appareils photographiques numériques personnels, le non-spécialiste ne regarde pas la qualité de l’objet et ses défauts. Il attend qu’il ait suffisamment refroidi pour le décoller du berceau d’impression, puis le retourne sous toutes les coutures, le soupèse, l’examine tel une meringue chaude sortie du four.
Et derrière le regard scrutateur (parfois émerveillé), on sent les interrogations se faire jour. « Qu’est-ce que je pourrais bien fabriquer avec ? ».
 
L’incompréhension puis la condescendance initiales cèdent le pas à un enthousiasme réconfortant, et notamment de la part des media. Somme toute, nous avions raison de nous investir dans la démonstration de cette technologie qui se démocratise !
 

Alors, est-ce là la troisième révolution industrielle ?

 
Car c’est maintenant ce que l’on peut lire en titre, bien accrocheur, dans certaines publications. Et notre petite imprimante capricieuse de sortir de l’ombre pour se retrouver sous les feux de la rampe…
Aussi n’est-il pas superflu de procéder à une légère mise au point.
 
L’imprimante 3D personnelle est tout aussi extraordinaire que l’ordinateur individuel en son temps : c’est un outil formidable, amené à se démocratiser, c’est certain !
Même au sein des entreprises, l’accès à ces machines va redéfinir considérablement les chaînes de production (et les savoirs requis pour réaliser des objets).
 
Mais la vraie révolution n’est pas dans l’outil lui-même.
C’est l’usage qui en est fait, qui le dépasse et l’engloutit.
Tout comme l’ordinateur n’a déployé son potentiel qu’avec l’arrivée d’internet et sa démocratisation, pour créer le plus grand bouleversement de notre société depuis bien longtemps.
De même, c’est internet qui donne tout son sens à ce qui est en train de se passer dans les fablabs et autres lieux de fabrication personnelle.
 
Perceuses, défonceuses, scies, tours et autres outils sont autant de moyens de fabrication qui n’ont pas attendu l’imprimante 3D pour permettre à tout un chacun (enfin… les plus bricoleurs) de réaliser des objets. Encore faut-il savoir concevoir et utiliser les outils. Encore faut-il en avoir le temps, l’envie, les moyens. L’expérience.
 
C’est le mélange des moyens de production locale, de l’intelligence collective amenée par Internet, et de la capacité à chacun selon ses moyens de devenir producteur de contenu qui est le ferment de cette nouvelle révolution industrielle.
 

Modélisation et Scan 3D, découpe laser, Arduino, découpe vinyle… Tous fabricants ?

 
Du point de vue du consommateur, nous n’aurons pas tous chez nous une micro-usine (quelle que soit la forme qu’elle puisse prendre, tout reste à inventer), mais nous serons à portée de points d’accès à des machines (découpeuses laser, fraiseuses numériques, voire imprimantes 3D) où des Artisans 2.0 pourront réaliser des objets sur-mesure au prix du prêt à porter. Les moyens de production nous permettront de revenir à la qualité du fait à façon de nos grands-parents, avec la facilité et le choix des technologies modernes.
Cette révolution sera donc tout aussi intellectuelle, manuelle, qu’artistique et logistique ! 
 
Du point de vue du créateur, là encore de nouveaux bouleversements sont à prévoir. Aujourd’hui, créer des services web peut se faire avec une prise de risque minimale et à moindre coût. Les capitaux nécessaires pour industrialiser des plateformes informatiques ne sont pas négligeables, mais en premier lieu, pour vérifier la validité d’un concept, c’est plus la matière grise qui compte, aidée par une forte communauté open-source.
Il en va tout autrement pour passer de l’idée à l’objet. Contrôler sa création, alors qu’on est obligé de s’adosser à des structures qui possèdent les moyens de production (moules, façonnage, assemblage, distribution) relève du défi insurmontable. Même protégé par un brevet, l’innovateur indépendant doit bien souvent céder sa propriété intellectuelle. Cela va bien vite changer, et il d’ores et déjà possible à chacun de prototyper un objet à loisir, de ne pas se heurter à des difficultés techniques parce que d’autres les ont déjà vécues et documentées, de déclencher sa fabrication par simple envoi de fichier, et d’assurer vente et promotion par les moyens mis à sa disposition par internet.
 
Que se passera-t’il lorsqu’il sera possible de concevoir un meuble / un vêtement / un véhicule / un téléphone mobile et de le (faire) fabriquer à l’unité ou en petite série, aussi facilement que l’on crée un blog aujourd’hui? Qui seront les grands gagnants et les perdants de ce bouleversement ?
 

Imaginons demain

 
Imaginons un instant la vague internet, purement virtuelle, transposée tout aussi irrésistiblement dans notre quotidien bien concret. Avec la possibilité pour ceux qui le désirent de faire partager non plus seulement leurs idées, mais aussi leurs réalisations, à titre gracieux, voire pour les plus entreprenants en montant leur propre activité.
 
Ne serait-ce pas là la voie de sortie de cette ère de crise mortifère, cette spirale économique où la mondialisation et l’uniformisation créent tant de frustrations et d’inégalités ?
Ramener la production au plus près du consommateur, adapter au besoin de chacun, profiter du savoir de tous, laisser la créativité s’exprimer, créer de nouveaux champs d’innovation… Remettre l’individu au centre de l’équation, en lui donnant les moyens d’entreprendre, redéfinir l’accès à l’outil industriel et à la distribution des biens tant que des savoirs…
 
C’est là une bien plus belle révolution que toutes les imprimantes 3D, qu’elles impriment des maisons en béton, des organes, des moteurs ou des jouets en plastique.

3 Commentaires

  1. loiseau /

    wouah!
    l’impression 3D semble magique
    quelles sont les conditions d’accès à votre machine
    sculpteur sur bois ,puis -je imaginer une reproduction d’une pièce en changeant l’echelle du modèle et en quelle matière.?(fourchette de coût …..!!?)
    merci de votre réponse

    • La Forge /

      Pour découvrir les machines et partager un bon moment, vous pouvez venir aux OpenLabs. Le prochain aura lieu samedi prochain (le 19 janvier). Par la suite, vous pouvez utiliser les machines gratuitement à condition d’accepter de partager / participer et documenter votre projet. Un accès simplement payant pour pouvoir produire une pièce sans la partager est aussi en train de se mettre en place.
      Le plus simple c’est d’en discuter la semaine prochaine ?

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